Vous avez dit “boycott”?…

Ces dernières semaines, alors que la polémique sur les J.O. de Pékin battait son plein, le terme “boycott” a fait la une des médias…Mais au fait qu’en est il de l’usage de ce mot dans la langue française? Ensemble, partageons cette réflexion.

Bonne lecture,

Langue française : Querelle de mots

In La LETTRE du CSA (n°215 avril 2008, page 21)

Ces dernières semaines, les mots boycott et boycottage ont suscité de vives querelles, rappelant celles qui furent déclenchées en 1990 par les Rectifications orthographiques, puis en 1998 par la féminisation des noms de métiers, titres, grades et professions.

Ouvertement à la radio, dans la presse et sur internet, de façon plus feutrée à la télévision, journalistes, invités et internautes se cramponnaient à leur mot préféré.Un animateur de radio expliqua que boycottage était un affreux barbarisme qui, aprés avoir disparu, revenait en force dans notre langue. Il conclut en déclarant qu’il fallait « boycotter boycottage » et lui préférer le seul mot correct boycott, « comme le fait l’ensemble du monde francophone », ajouta-t-il. Quelques journalistes rappelèrent que le bon usage recommandait l’emploi de boycottage, sans plus de précisions.

les deux mots sont attestés dans les dictionnaires, Le Nouveau Petit Robert (2007) leur consacre deux entrées. A boycott, il note « Anglicisme » et renvoie à l’entrée boycottage. Le Petit Larousse illustré (2007) et la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française regroupent les deux mots dans une seule entrée (boycott, boycottage) selon l’odre alphabétique.

Le fait que boycott soit accueilli dans le Dictionnaire de l’Académie française renforce la position de ses partisans. Cependant, les verbes to boycott et boycotter étant antérieurs aux substantifs, comme l’indiquent les dates données par les différents dictionnaires, le mot boycottage est dérivé du verbe français boycotter et boycott est la forme substantivée de l’anglais to boycott.

C’est pour cette raison que le Grand Dictionnaire terminologique du Québec n’atteste en français que la forme boycottage, traduction de l’anglais boycott et de la variante boycotting employée aux Etats-Unis. Dans le même esprit, les dictionnaires des difficultés de la langue française notent que les deux formes sont admises mais recommandent : « Dans l’expression soignée, en particulier à l’écrit, préférer la forme boycottage (correspondant au verbe boycotter ».

Loin des querelles partisanes, les correcteurs du Monde et le journal québécois La Presse nous donnent une belle leçon de tolérance et de bon sens.

Alors que le Livre de style du Monde, édition 2004, propose : « boycottage : préférer ce terme à boycott », sanas aucun commentaire, dans Sauce piquante, blog (ou blogue à la francophone) des correcteurs du Monde, ces derniers reconnaissent : « Oui, nous utilisons le petit garçon du cottage, sans nous interdire boycott, un peu comme pour Américain et Etats-Unien ».

De son côté, Paul Roux, conseiller linguistique de La Presse, déclare : « les deux mots ont cours aussi bien au Québec qu’en France. A La Presse, nous avons une préférence pour boycottage, dont la graphie est plus française », en ajoutant cependant « vous rencontrerez à l’occasion boycott, notamment dans les titres, en raison de sa brièveté ».

Encadré : « BOYCOTTER. Francisation de l’anglais to boycott, du nom de l’intendant anglais Charles C. Boycott qui fut l’objet de ce type d’action collective en Irlande ».

Dictionnaire de l’Académie française (9e édition).

Charles C. Boycott (1832-1897) était un riche propriétaire terrien de l’Irlande de l’Ouest qui maltraitait ses fermiers et exigeait un prix exorbitant pour les terres qu’il leur louait, alors que l’Irlande vivait une grande famine. En 1879, Charles Parnell, président de la Ligue agraire, mobilisa les fermiers contre lui afin qu’ils obtiennent de meilleures conditions de travail. Ce fut la mise en quarantaine de Charles Boycott. Du jour au lendemain, il ne trouva plus aucun fermier, aucun employé ni commerçant qui acceptât de traiter avec lui, ou seulement de lui parler. Ruiné, Boycott fut contraint de quitter l’île…

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